Marrakech est splendide pendant environ trois jours. Puis la médina commence à ressembler à un flipper très élégant, et vous vous retrouvez à 21 heures sur la place Jemaa el-Fnaa, à éviter un homme avec un singe, en pensant : J’aimerais vraiment voir l’horizon maintenant, s’il vous plaît.
Bonne nouvelle : les meilleures choses à faire près de Marrakech ne se trouvent pas à Marrakech. La mauvaise nouvelle, que personne ne mentionne avant la réservation : « le désert » n’est pas un seul endroit. Il y en a quatre, radicalement différents, et la plupart des avis déçus viennent de voyageurs qui ont choisi le mauvais.
Les quatre « déserts de Marrakech »
Où | Depuis Marrakech | Temps nécessaire | Dunes ? | À partir de |
|---|---|---|---|---|
Agafay | 40 km, 45 min | Une soirée | Non — plateau rocheux | ~23–35 € |
Zagora | 360 km, 6–7 h | 2 jours | Petites, 30–40 m | ~69 € |
Merzouga (Erg Chebbi) | 560 km, 9–10 h | 3 jours | Oui — jusqu’à 150 m | ~85 € |
Erg Chigaga | 450 km + 60 km hors piste | 3–4 jours | Oui, et désertes | 4×4 uniquement |
Lisez deux fois la ligne consacrée à Agafay. On le présente sans relâche comme un désert proche de Marrakech, et c’est un magnifique plateau calcaire rocheux — mais ce n’est pas le Sahara et il n’y a pas de dunes de sable. Un guide local raconte qu’une famille française est repartie plus tôt parce qu’on avait promis aux enfants de « jouer dans le sable ». Personne ne vous ment exactement. On vous laisse simplement combler les blancs.
Agafay : à 45 minutes, et pourtant une excellente idée
Si vous n’avez qu’une soirée de libre, les excursions dans le désert d’Agafay depuis Marrakech sont tout indiquées. Quittez votre riad à 16 heures, soyez de retour à 23 heures, légèrement hâlé et imprégné d’une odeur de feu de bois.
La formule classique : une balade à dos de chameau au coucher du soleil, suivie d’un dîner sous les étoiles avec de la musique amazighe en direct. Pour la plupart des gens, la meilleure option est plutôt le quad sur le plateau, avec les montagnes de l’Atlas posées là comme un décor peint — environ 35 € pour une heure, 55 € pour deux heures, ou 100–140 € pour un buggy biplace. Les vols en montgolfière au lever du soleil coûtent environ 150–170 €. Agafay est aussi la capitale marocaine du glamping, ce qui est soit délicieux, soit légèrement absurde selon ce que vous pensez des piscines à débordement dans un désert.
Deux réserves honnêtes. Les week-ends et la haute saison d’octobre à avril sont très fréquentés : partez en semaine ou choisissez un camp isolé. Méfiez-vous aussi des méga-forfaits : un voyageur raconte avoir vu trente personnes faire la queue pour les quads, dix minutes à dos de chameau dans une file de trente animaux, puis un dîner pour 350 personnes. Si les photos montrent un camp grand comme un parking, c’est exactement ce que vous aurez.
Verdict : réservez Agafay pour passer une belle soirée, pas pour découvrir le Sahara.
Merzouga et Erg Chebbi : le vrai désert
C’est celui que vous imaginez. Les dunes de l’Erg Chebbi atteignent environ 150 mètres, les plus hautes du Maroc, et Merzouga se trouve à environ 560 km de Marrakech.
N’essayez pas de le faire en deux jours. Trois jours, c’est la durée idéale : le premier jour franchit le Haut Atlas par le col du Tizi n’Tichka, à 2 260 m, s’arrête au ksar d’Aït Ben Haddou, classé par l’UNESCO, puis passe la nuit dans la vallée du Dadès ; le deuxième traverse les gorges du Todra avant une méharée au coucher du soleil jusqu’aux dunes ; le troisième commence par le lever du soleil sur une dune, puis prend la longue route du retour.
Et cette route n’est pas une taxe à payer pour le sable : elle représente la moitié du voyage. C’est à Aït Ben Haddou que Ridley Scott a tourné les scènes de commerce d’esclaves de Gladiator et que Game of Thrones a construit Yunkaï. Il n’y a pas de droit d’entrée officiel pour le ksar, quoi qu’en dise la personne à la porte. À proximité, Ouarzazate possède les Atlas Film Studios (80 MAD, environ 8 €) et, dix kilomètres plus loin, la plus grande centrale solaire à concentration du monde — deux millions de miroirs qui scintillent face à un village millénaire en pisé. Faites un détour par la kasbah de Telouet si votre chauffeur l’accepte, puis par Skoura, où la kasbah Amridil est le bâtiment représenté sur le billet de 50 dirhams. Sortez le billet et tenez-le devant vous. Petit plaisir, mais ça vaut le coup.
Une fois dans le sable : du sandboard (gratuit dans la plupart des camps, et vous serez très mauvais), un safari en 4×4 jusqu’aux gisements de fossiles et à la hammada volcanique noire, et le lever du soleil, le meilleur spectacle gratuit du Maroc.
Les trois choses que la plupart des circuits oublient, mais ne devraient pas :
Le village de Khamlia, où les descendants de populations originaires d’Afrique subsaharienne jouent de la musique gnawa — patrimoine culturel immatériel reconnu par l’UNESCO — dans une petite maison, en échange d’un pourboire et d’un verre de thé à la menthe. Trente minutes. Souvent les trente meilleures minutes du voyage.
Dayet Srji, un lac salé saisonnier qui se remplit entre novembre et mars et attire les flamants roses. Des flamants roses devant les dunes sahariennes : un spectacle véritablement extravagant.
Le souk de Rissani (mardis, jeudis et dimanches). Des dattes, des épices, un véritable parking pour ânes, et personne qui essaie de vous vendre une excursion.
Zagora et Erg Chigaga, en bref
Zagora est injustement décriée. Les dunes sont modestes, mais le circuit se fait en deux jours, coûte moins cher et la route dans la vallée du Drâa est magnifique — sans oublier le panneau « Tombouctou, 52 jours » et les poteries vertes de Tamegroute ainsi que sa bibliothèque coranique souterraine.
Erg Chigaga s’adresse à ceux qui ont trouvé Merzouga trop fréquentée. Il faut parcourir 40 km de dunes au-delà de M’Hamid, uniquement après deux heures de traversée hors piste en 4×4. Moins sophistiqué, beaucoup plus vide. C’est précisément tout l’intérêt.
Quand partir et combien ça coûte
Octobre et novembre sont la période idéale : des journées autour de 30 °C, des nuits autour de 15 °C, une lumière automnale basse et pas de mirage de chaleur. Mars et avril sont presque aussi agréables. Février est calme et magnifique, avec des nuits assez froides pour qu’un feu donne l’impression d’une expérience religieuse. Évitez juin à août, lorsque Merzouga atteint régulièrement 45 °C et que certains camps ferment tout simplement.
Le Maroc a accueilli un nombre record de 7,7 millions de visiteurs au cours des cinq premiers mois de 2026, et les préparatifs de la Coupe du monde 2030 devraient encore faire grimper ce chiffre — attendez-vous donc à davantage d’opérateurs et à un usage encore plus extensif du mot « luxe ». Deux signaux d’alerte donnés par des guides locaux : tout opérateur qui refuse d’envoyer avant le départ une liste écrite et détaillée de ce qui est compris, et les « guides » non sollicités sans badge officiel d’identification gouvernementale. Demandez aussi combien d’heures vous passerez réellement dans les dunes, et pas seulement combien de temps dure l’excursion.
Pour les chameaux : ne réservez pas la balade la moins chère, observez les animaux avant de monter et sachez que les transferts en 4×4 jusqu’au camp sont partout la norme. Le coucher du soleil est le même dans les deux cas.
Prévoyez des vêtements chauds — oui, pour le Sahara, où les nuits printanières descendent à 5–10 °C —, une écharpe, de la crème solaire SPF 50, une lampe frontale, de petites coupures en dirhams et un petit sac plutôt que votre valise. Gardez vos chaussures à l’intérieur de la tente pendant la nuit. Le sable s’infiltrera dans vos bagages, votre appareil photo et votre âme. Ce n’est pas une métaphore. C’est simplement du sable, et il y en a partout.
En résumé
Marrakech est la porte, pas la pièce. Une soirée à Agafay si vous manquez de temps. Trois jours jusqu’à Erg Chebbi si vous voulez le vrai désert. Chigaga si vous le voulez vide. Réservez auprès de quelqu’un qui mettra tout par écrit, partez en octobre et emportez un pull.
Et lorsque vous vous retrouverez enfin à l’aube sur une dune, avec absolument rien à l’horizon, laissez votre téléphone dans votre poche pendant cinq minutes. La photo sera toujours là. Le silence, lui, ne le sera plus une fois de retour sur Jemaa el-Fnaa, à éviter ce singe.





